Écrit par Hélène de Blois et illustré par Émilie Leduc, cet album m’a complètement charmée. Je l’ai lu comme un long poème en prose, une ode à la vie. Ce livre est une pépite, rien de moins.

En voici le résumé : « Perchée sur la plus haute branche de son arbre monstrueux — un géant qui fait deux fois la taille d’un diplodocus — Elsa espionne le voisinage et passe ses journées à imaginer le commencement du monde. L’époque où la terre n’était qu’un désert vide et froid et où la Lune, seule dans le ciel, s’ennuyait. Son arbre existait déjà au temps d’avant le temps, quand les tigres aux dents de sabres et les mammouths en manteaux de laine faisaient la loi.

Malgré les vilaines bosses et les cicatrices qui couvrent son corps, son ami est encore fier et solide comme une montagne. Chaque jour, Elsa y observe les oiseaux, les écureuils et les fourmis qui s’agitent dans le feuillage. Aujourd’hui, elle veut même y construire un radeau pour y passer la nuit. Mais voilà que son père lui interdit d’y retourner. “Pourquoi” ? lui demande-t-elle ? La réponse lui traverse le cœur comme un poignard… » (Monsieur Ed)

Portée par un texte sublime que l’on prend plaisir à lire à voix haute, cette histoire en apparence toute simple parvient à nous émouvoir tant le thème de la nature et des liens qui se tissent entre elle et l’humain y est superbement exploité. Et que dire du regard bienveillant qu’elle pose sur toutes les formes de vie qui nous entoure ? Les illustrations douces et feutrées qui l’accompagnent nous transportent quant à elles dans l’espace-temps de l’imaginaire, ce qui n’est pas toujours aisé à réaliser.

Qui n’a pas déjà grimpé aux arbres ? Qui n’a pas tenté d’espionner le voisinage, perché, justement, sur la plus haute branche ? Elsa, elle, parvient même à s’imaginer la vie quand ce voisinage qui est le sien n’était pas encore ; à l’époque difficile des hommes des cavernes. Ce qui en fait une lecture toute choisie pour amener les enfants à prendre conscience que le monde n’a pas toujours été tel qu’on le voit aujourd’hui. La vie se transforme ; et c’est là, à mon avis, le thème central de ce livre.

Quant à moi, cette histoire m’a ramenée à mes arbres. Je vis en montagne. La forêt encercle ma maison. Ici, les géants, comme je les appelle, balancent leurs longs bras au gré du vent, qui souffle parfois férocement. Les arbres réinventent mon quotidien au fil du temps et des saisons. Je soupçonne même mes monstres à moi d’être dotés de pouvoirs magiques ; sinon, comment expliquer la paix intérieure qui m’est transmise quand j’enlace leur tronc ?

Il y a deux ans, nous avons dû faire abattre Arthur, un arbre plus que centenaire. Il était malade. Certaines de ses branches énormes tombaient en lambeaux et menaçaient de tomber à tout moment. Arthur nous a fait cadeau de six cordes de bois. Nous avons partagé ces dernières avec nos voisins, qui nous ont aidés à terminer le travail des émondeurs. Quand nous mettons une bûche à brûler, c’est Arthur qui nous revient en mémoire. Quand nous contemplons la plate-bande de fleurs aménagée autour de son tronc, c’est encore l’image de ce géant qui refait surface. Toutes les formes de vies sur Terre se valent. Elles sont intrinsèquement liées. Et le présent ne peut se conjuguer que lié au passé.

Merci à Monsieur Ed et à tous les créateurs de cet album pour ce merveilleux moment de lecture.