Destinée aux lecteurs de 12 ans et plus, « La grosse laide » et une autobiographie en format de bande dessinée qui traite de la relation au corps et, par ricochet, des problématiques liées : troubles alimentaires, dysmorphophobie et grossophobie. Publié chez XYZ en 2019, ce livre a été écrit et illustré par Marie-Noëlle Hébert. Il a remporté plusieurs honneurs depuis, dont le Prix des libraires du Québec 2020.

Dans « La grosse laide », Marie-Noëlle Hébert tente de cerner l’élément déclencheur de la haine de soi qui l’habite et qui l’amène à se couper du monde pour trouver refuge dans la nourriture. Les railleries dont elle a été la cible à cause de son surplus de poids ne sont que l’un des aspects de cette problématique complexe. Le lecteur devient le témoin de la démarche de l’autrice-illustratrice pour retrouver l’estime de soi. Ce livre est l’aboutissement de cette quête.

Cette préoccupation du corps est un phénomène répandu, chez les filles comme chez les garçons, bien que les modèles idéalisés du corps ne correspondent pas aux mêmes critères pour les deux sexes ; et bien que le phénomène soit moins étudié chez les garçons. La publicité et les égoportraits retouchés qui abondent sur les réseaux sociaux et dans les médias contribuent, semble-t-il, aux troubles de l’image corporelle et peut-être aussi aux troubles alimentaires.

Comment peut-on en arriver à se détester autant ? C’est la question que s’est posée l’autrice-illustratrice. Question qui reste évidemment sans réponse précise. L’ostracisme, le harcèlement, l’isolement, l’attitude des pairs ou de la famille envers Marie-Noëlle et celle de Marie-Noëlle envers elle-même, bref plusieurs facteurs contribuent à la naissance et au maintien du mépris de son corps et de son mal-être. Dans ce contexte, rien d’étonnant que des idées suicidaires aient un jour envahi l’esprit de Marie-Noëlle.

Les illustrations réalistes sont travaillées au crayon de plomb. Elles véhiculent avec beaucoup d’intensité les émotions ressenties par Marie-Noëlle et par les personnages qui gravitent autour d’elle. Cette haine d’elle-même est quasi palpable. Une véritable réussite !

« La grosse laide » est un livre tout choisi pour aborder plusieurs sujets avec les adolescents ou même avec les adultes, comme la relation qu’on entretient avec son corps, la grossophobie, les troubles alimentaires ou encore l’idéologie du corps parfait véhiculée par les médias. On peut aussi parler de la malbouffe, des méfaits du sucre sur l’organisme, des produits alimentaires transformés, des moyens qu’on peut prendre pour conserver un corps en santé.

Petit bémol à cette lecture, les quelques fautes de français laissées dans le texte ; un choix éditorial qui me laisse perplexe. Mais de toute évidence, cela n’empêche pas « La grosse laide » de recevoir les honneurs !